Les résidents ont souhaité parler de leurs souvenirs de la guerre dans leur quotidien. Ce moment de paroles a été très diffus et riches de souvenirs, tant la guerre est encore présente dans leur esprit, même si en parler ne provoque pas de chagrin : « c’était il y a longtemps maintenant « .
Les allemands avaient réquisitionné les maisons. Marie Thérèse : « ils regardaient les familles partir avec quelques affaires, les bras croisés devant la porte de la maison ». A la fin de la guerre, ils réquisitionnaient même les vêtements pour les envoyer aux civils en Allemagne.
On a évoqué la nourriture, qui était difficile à trouver, en particulier pour les gens de la ville. On se souvient de l’orge mélangé au café, au lait dilué avec de l’eau,  de la saccharine, des rutabagas, des topinambours. Les allemands réquisitionnaient les pommes de terre, et les enfants des écoles étaient obligés de les éplucher pour fournir les cantines des allemands.  Bien sûr il y avait le marché noir et les paysans en profitaient pour vendre leurs produits très chers.
On reparle des tickets de rationnement, par catégorie de population : E, J pour les jeunes, T pour les travailleurs de force …  beaucoup étaient de la catégorie J3 : les jeunes de 13 à 21 ans ainsi que les femmes enceintes. On se souvient des gâteaux vitaminés.

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Le système D et le troc étaient de rigueur : « je faisais réparer mon vélo contre une douzaine d’œufs« . Nous portions des chaussures avec des semelles de bois cloutées et le cuir était remplacé par de la peau de vache, nous mettions du cirage sur nos jambes et dessinions un trait au crayon pour imiter les bas. On récupérait tout : le coke à l’usine à gaz, les cocottes pour allumer le feu. La chasse était interdite, de toute façon, il n’y avait plus d’armes.
« je me souviens du couvre-feu à 21h, des patrouilles qui  passaient dans la ville en chantant, avec le bruit des bottes. »
On avait peur des miliciens, le plus souvent des jeunes connus avant la guerre. On essayait d’aider les maquisards, quelqu’un avait volé les tickets de rationnement pour les nourrir, les messages passaient dans les pompes à vélos. Il y avait aussi les dénonciations, c’était terrible. « mon papa était facteur, il rapportait les lettres à la maison pour voir si c’était des dénonciations et les brûlait. Il avait toujours un sac d’affaires prêt, au cas ou… un autre postier a été dénoncé, arrêté et déporte, il n’a jamais parlé… » Il était interdit d’écouter la radio, elles étaient cachées dans les caves et on écoutait les messages pour les maquisards.
Quand St Dié a brûlé, le ciel était tout rouge, on le voyait depuis St Léonard. Il a fallu évacué les maisons, elles étaient minées. « on prenait ce qu’on pouvait, avec un chariot, une brouette et on s’est sauvé à Foucharupt ».
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Les jeunes gens ont été réquisitionnés pour partir travailler en Allemagne.
A la fin de la guerre les Allemands ont piqué tous les vélos pour s’enfuir. On se souvient des Frères Simon et des 4 frères Mougeotte.
On n’oubliera jamais.